Depuis plusieurs semaines, une crise politique et sociale traverse le Venezuela. Les manifestations se multiplient pour chasser le président Nicolas Maduro et le remplacer par l’un de ses principaux opposants : Juan Guaido.
L’élection de Nicolas Maduro en mai 2018 n’est en effet pas reconnue par une partie de la communauté internationale en raison de fraudes majeures. A l’inverse, Juan Guaido a été élu démocratiquement à la tête du Parlement venezuelien et s’est progressivement imposé comme l’un des principaux opposants du président de la République… jusqu’à s’auto-proclamer président par interim le 23 janvier 2019 !
Cette crise est particulièrement révélatrice de la complexité des relations internationales, de la place des Etats-Unis dans le monde, des conflits latents avec la Russie, de l’importance de l’évolution des cours du pétrole dans la diplomatie mondiale… Bref, la compréhension des enjeux de cette crise nécessite une bonne maîtrise de votre programme d’histoire-géo !
I. Pourquoi Donald Trump souhaite-il tant le départ de Nicolas Maduro ?
Cette question a fait l’objet d’une vidéo par le journal Le Monde :
Tout d’abord, les Etats-Unis entendent se venger d’une histoire tumultueuse avec le Venezuela. Alors qu’ils étaient l’un des principaux acheteurs des ressources pétrolières du pays depuis le début du XXe siècle, l’élection d’Hugo Chavez à la présidence de la République du Venezuela en 1998 a refroidi les relations entre les deux pays.
Ensuite, depuis la doctrine Monroe de 1823, les Etats-Unis considèrent qu’ils ont un droit de regard sur l’ensemble des affaires du continent américain. Ils considèrent d’ailleurs que cette politique se justifie d’autant plus que la crise venezuelienne destabilise l’ensemble de la région et entraîne des flux migratoires importants sur tout le continent.
Enfin, Trump pense probablement déjà à sa potentielle réélection en 2020 et cherche par sa fermeté envers Maduro à s’attirer le vote des émigrés venezueliens très nombreux dans le Sud des Etats-Unis, et notamment dans des swing states tels que la Floride.
II. Pourquoi l’Organisation des Nations Unies reste impuissante face à cette crise internationale ?
Alors qu’une grande partie du monde occidental soutient le challenger Juan Guaido face à Nicolas Maduro, l’ONU demeure impuissante face à cette situation car toute initiative est bloquée au conseil de sécurité par le veto russe.
Les Etats-Unis ont certes proposé un projet résolution sur le Venezuela au début du mois de février 2019 afin de faciliter l’acheminement d’une aide humanitaire et encourager l’organisation de nouvelles élections… mais la Russie s’oppose fermement à ce texte au nom du principe de non-ingérence. Vladimir Poutine considère en effet que cette crise relève des affaires intérieures du Venezuela et que la communauté internationale n’a pas à intervenir dans une problématique qui doit être réglée par le peuple venezuelien.
Quelle que soit l’issue de cette crise, je vous invite à suivre attentivement l’actualité. Ces éléments pourraient vous fournir d’excellentes idées d’accroches et d’ouvertures pour vos compositions…
Depuis quelques jours, Arte diffuse la troisième saison de la série Points de Repères qui vous propose de découvrir un événement ou un personnage clef de l’Histoire en 26 minutes.
Les réalisateurs font le pari de reconstituer chaque histoire en modélisation 3D avec un soin particulier apporté à la scénarisation et la musique.
Les sujets abordés sont d’une très grande diversité, de la bataille de Bouvines à Ghandi en passant par la peste noire. Ils ne s’inscrivent pas forcément directement dans les programmes d’histoire mais en proposent d’intéressants prolongements.
Les auteurs de la série font également le pari de l’uchronie, c’est-à-dire de l’intégration dans le récit d’événements fictifs qui mettent en perspective la réalité historique. Cette technique permet notamment de souligner l’importance de chaque acteur dans le cours de l’Histoire.
La notion de roman national étudiée en classe de Terminale est parfois complexe à comprendre. Elle implique d’exercer un regard critique sur un récit historique afin d’en déceler les dimensions patriotiques, voire nationalistes.
Si l’exemple français est particulièrement étudié par l’intermédiaire des mémoires de la Seconde Guerre mondiale et/ou de la Guerre d’Algérie, il est parfois intéressant de décentrer son regard vers d’autres pays. C’est ce que nous propose Pawel MACHCEWICZ, professeur à l’Académie polonaise des sciences, dans cette tribune publiée en 2018 dans le journal Libération.
L’histoire est régulièrement instrumentalisée par des hommes politiques à des fins de propagande.
Le roman national permet de renforcer le sentiment de fierté nationale des citoyens d’un pays… au détriment d’autres groupes qui en sont exclus.
Le roman national valorise l’histoire glorieuse d’un pays… au détriment de pages plus sombres qui sont passées sous silence.
Après son accession au pouvoir en 2015, le parti Droit et Justice a essayé d’empêcher l’ouverture d’un musée de la Seconde Guerre mondiale à Gdansk, avant d’en modifier finalement l’exposition afin de mettre en avant le « point de vue polonais« .
En janvier 2018, le gouvernement polonais a par exemple essayé d’imposer une loi punissant de trois ans de prison toute personne suggérant « une coresponsabilité de la nation polonaise » dans les crimes perpétrés à l’encontre des Juifs et des Ukrainiens durant la Seconde Guerre mondiale.
L’historien Nicolas Offenstadt était à Berlin pour les commémorations du centenaire de l’assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Il nous propose de revenir sur les événements et leur commémoration par l’intermédiaire d’un thread sur Twitter.
Un bon moyen de patienter avant d’aller nous mêmes visiter ces lieux dans quelques semaines…
A la une du Berliner Zeitung ce matin le centenaire de l’assassinat de Rosa Luxemburg et demain le grand cortège annuel sur sa tombe et celle de Liebknecht au cimetière des socialistes à Berlin aura une résonance particulière. Petit Live Tweet en prévision pic.twitter.com/ZkKVz0OthC
A Berlin, dans le grand programme de commémoration de la Révolution de 1918-1919 un wagon mobile raconte les événements. Aujourd’hui il est sur Alex pic.twitter.com/5vDxkezP74
Très riche et interactive exposition sur la Révolution de 1918-1919 au Märkisches Museum de Berlin (on peut même plonger dans un bain de boules pour éprouver un bouleversement) Ici le masque mortuaire de Karl Liebknecht pic.twitter.com/PvxYY0CnaR
A l’exposition à Berlin sur la Révolution allemande de 1918, comme presque toujours en Allemagne, il est demandé au visiteur de s’interroger sur son rapport présent à l’engagement, la Révolution ou encore la violence pic.twitter.com/xq6ZYoTGOV
Au musée de la photo de Berlin, la Révolution de 1918-1919 en images, à travers une chronologie fine. Ici la grève des garçons de café contre la rémunération au pourboire, 1-2 janvier 1919 pic.twitter.com/qsRnd9cR4B
A Berlin, les communistes allemands expriment leur solidarité avec les gilets jaunes dans le cortège pour Liebknecht et Luxemburg, centenaire de leur assassinat pic.twitter.com/0tmwIrf4mQ
Immense queue cette année pour rendre hommage à Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht au cimetière des Socialistes à Berlin pour le centenaire de leur assassinat. On chante ou murmure en ce moment l’Internationale pic.twitter.com/Csr4xvmUyx
Demain, cela fera 100 ans que Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht ont été assassinés par les troupes contre-révolutionnaires. Comme chaque année, mais avec une solennité particulière, un rassemblement aura lieu devant l'immeuble où vécut Rosa à Berlin, Cranach Str. 58. (16 h.) pic.twitter.com/1MMCVgB6Ft
Pour le centenaire de l'Assassinat de Rosa et Karl (c'est demain), un beau roman graphique à lire, publié en plusieurs langues maintenant, par Kate Evans pic.twitter.com/xNTgjy2e9S
Le 9 novembre 1918, dans un pays qui souffre gravement des conditions de la guerre, la République est proclamée, l'Empereur abdique. Le gouvernement dirigé par le socialiste Fr. Ebert doit composer avec des Conseils d'ouvriers de soldats, moteurs de la Révolution #RosaetKarl 1
Les tensions entre le gouvernement et les mouvements révolutionnaires s’accentuent à Noël 1918, des combats opposent même les troupes et la Division de la Marine populaire, proche de la gauche socialiste (notamment l'USPD). Le sang coule. #RosaetKarl 2
Début janvier à l’annonce de la révocation du Préfet de police de Berlin Emil Eichhorn, socialiste de gauche, répond une immense manifestation de la gauche avancée. La révolte contre le gouvernement est en marche. Il y des combats et des heurts à Berlin et ailleurs #RosaetKarl 3
Le 11 janvier 1919, l’insurrection spartakiste/communiste est amplement réprimée, grâce au « pacte avec le diable », entre le gouvernement social-démocrate et les troupes de corps francs, souvent contre-révolutionnaires. #RosaetKarl 4
Nous voilà ce 14 janvier, il y a un siècle exactement. Devant la répression de l'insurrection, le logement de Karl et Rosa ne semble plus sûr, la propriétaire pense que les deux leaders sont repérés. Il faut trouver une "planque" #RosaetKarl 5
Laissons Karl et Rosa s'installer dans l'appartement de la Mannheimer Str. avec Wilhelm Pieck (futur président de la RDA), pendant que les corps francs patrouillent dans Berlin. On se retrouve après. #RosaetKarl Interlude.
Hier 14 janvier, Rosa Luxemburg a publié dans le journal du tout nouveau Parti Communiste "Die Rote Fahne" (le drapeau rouge) son dernier article "L'Ordre règne à Berlin". Karl écrit le sien depuis le refuge de la Mannheimer Strasse. #RosaetKarl 7
Interlude 2. Voilà l'article de Rosa "L'Ordre règne à Berlin" est publié, celui de Liebknecht est écrit pour le "Drapeau rouge" de ce 15 janvier. Laissons les pour leur dernière nuit. On se retrouve bientôt pour cette funeste journée. #RosaetKarl. Interlude.
"Malgré tout", "Trotz alledem", pour le "Rote Fahne" du 15 janvier, Karl Liebknecht vilipende la trahison de la Social-démocratie, de « Napoléon-Ebert » Courroucé et messianique, il affirme: «notre programme, lui, vivra, il dominera le monde de l’humanité délivrée" #RosaetKarl8
Ce matin, il y a un siècle paraît donc dans « Le Drapeau rouge » organe du tout nouveau Parti Communiste Allemand, ce qui sera le dernier article de Karl Liebknecht : « Malgré tout ». Des soldats et des espions recherchent partout les deux leaders spartakistes #RosaetKarl9
Le 14 janvier au soir, il y a un siècle, Karl et Rosa sont donc installés clandestinement à Wilmersdorf (Mannheimer Str. 43 aujourd'hui au numéro 27) chez un marchand USPD, dont les membres ne sont pas poursuivis comme les communistes. Un quartier bourgeois en plus #RosaetKarl 6
L’après-midi de ce 15 janvier Wilhelm Pieck, militant communiste et futur président de la RDA, se rend auprès des deux Révolutionnaires pour faire part de ses craintes qu’ils soient découverts, du fait des mesures ordonnées par le socialiste Gustav Noske #RosaetKarl 10
Vers 20 heures ce 15 janvier 1919, un groupe d’hommes en uniformes portant un brassard « Garde civile Wilmersdorf » se renseigne dans un bistrot sur la maison du marchand qui abrite Karl et Rosa. Ils s’y rendent et les arrêtent illégalement #RosaetKarl 11
Les gardes civiles qui ont mis la main sur Rosa et Karl demandent des instructions au chargé de la presse, socialiste, Robert Breuer, celui-ci ne les rappelle pas. Décision fatale, les hommes se tournent alors vers les autorités militaires #RosaetKarl 12
Vers 21 heures, lorsque Pieck revient à Wilmersdorf, il est attendu par deux soldats qui l’emmène avec Rosa à l’hôtel Eden, siège de la Division de la Cavalerie de la Garde dirigée par Waldemar Pabst, près du jardin zoologique. #RosaetKarl 13
L'officier Waldemar Pabst qui tient en main le destin de Rosa et Karl est un réactionnaire qui ne peut accepter ni la guerre perdue, ni la fuite de l’Empereur, ni la Révolution de Novembre. C’est l’heure de la vengeance. #RosaetKarl 14
A l’hôtel Eden, les deux leaders sont moqués et insultés par les soldats. Selon le témoignage de Wilhelm Pieck, ils auraient dit : « On a toute la bande enfin, on va leur clouer le bec » #RosaetKarl 15
Pabst est décidé, avec des hommes qui partagent ses valeurs à liquider Karl et Rosa, pour le retour à l'ordre. Il reçoit l’appui explicite du Général von Lüttwitz et implicite du socialiste Noske. #RosaetKarl 16
Vers 23 heures, Liebknecht est sorti de l’hôtel Eden sous prétexte d’être transféré à la prison de Moabit. Il est frappé à la tête par Otto Runge, poussé en sang dans une auto et tué par les officiers de l’escorte dans le Tiergarten #RosaetKarl 17
Le fils de Karl Liebknecht, Robert, écrira : « Tard le soir, j’étais encore sur le Pont dans le Tiergarten, et j’ai entendu des tirs dans les environs. Je suis assez sûr que c’étaient les tirs mortels qui ont atteint mon père ». #RosaetKarl 18
Vers 23 heures 40, Rosa à son tour est sortie de l’hôtel, frappée par le même Runge puis abattue dans l’auto par le lieutenant de Marine Hermann Souchon, et son corps jeté dans le Landwehrkanal près du Pont Lichtenstein #RosaetKarl 19
Le double meurtre a un retentissement considérable. Les mémoires de Karl et Rosa ne s’effacent jamais et empruntent différents canaux, portées aussi bien par les communistes, puis les régimes de l’Est, leurs dissidents toujours socialistes, et tant d'autres #RosaetKarl 21.
Pour prolonger la réflexion sur Karl et Rosa dans les mémoires allemandes en ce centenaire, un riche article de Paul Maurice en français ici : https://t.co/MC8KjBORgA@GIRAF_IFFD
A l’occasion du centenaire de l’assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebkhnecht, la semaine d’Historicophiles est consacrée à l’histoire et aux mémoires de ces militants et fondateurs du Parti communiste d’Allemagne.
Le premier épisode de cette semaine vous invite à découvrir le récit des événements grâce aux archives de la presse française mises en ligne par le site Retronews.
Principaux éléments à retenir
Rosa Luxemburg est la co-fondatrice de la Ligue spartakiste et du Parti communiste d’Allemagne. Elle militait pour « la grève de masse » et l’action révolutionnaire.
Née en Pologne en 1871, elle est ensuite naturalisée allemande.
Dès le début de la Première Guerre mondiale, elle s’oppose au vote des crédits de guerre et mène une campagne pacifiste pour laquelle est est emprisonnée à de nombreuses reprises.
Enthousiasmée par la Révolution russe en 1917, elle appelle à une révolution en Allemagne. Cette révolution éclate à Berlin le 5 janvier 1919 à la suite de la défaite allemande contre les forces de la Triple Entente.
Le gouvernement socialiste dirigé par Friedrich Ebert charge une milice paramiliaire (les Freikorps – Corps francs) d’écraser les insurgés dans le sang.
Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg est arrêtée. Elle est assassinée dans des conditions mystérieuses lors de son transfert en prison. Selon la version officielle, elle aurait été lynchée par la foule ; En réalité, elle a été tuée par les militaires chargés de son arrestation, puis son corps a été jeté dans un canal, tout comme celui de Karl Liebknecht.
Par conséquent, ce sont des cercueils vides qui ont été enterrés le 25 mai 1919.
Elle était âgée de 47 ans au moment de son assassinat.
Le gouvernement ouest-allemand n’a reconnu ce meurtre qu’en 1962.
L’Antisèche est une chaîne YouTube qui vous propose des conseils pour organiser vos révisions. Dans la vidéo ci-dessous, on vous propose non seulement de réviser l’essentiel de ce chapitre, mais aussi une piste pour envisager un plan de composition :
Quelques informations à retenir
Le film d’Alain RESNAIS, Nuit et Brouillard, sorti en 1956, a été censuré pour ne pas montrer un gendarme français qui participait à la surveillance du camp de Pithiviers.
La définition des mémoires : souvenirs subjectifs du passé fondés sur la sélection, l’affectif et l’oubli.
La définition des historiens : scientifiques qui reconstruisent de manière objective le passé en essayant de prendre du recul vis-à-vis des mémoires.
De 1944 à 1970, les historiens doivent faire face à une mémoire patriotique de la guerre (qu’on appelle aussi le roman national).
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les tribunaux français ont jugé plus de 125 000 personnes dans le cadre de l’épuration. Environ 75% ont été condamnés, dont le Maréchal Pétain.
L’expression du « Syndrome de Vichy » a été inventée par Henry Rousso en 1987. Elle désigne la volonté d’oublier la collaboration pour privilégier l’union nationale.
Des lois d’amnistie ont été adoptées en 1947, 1951 et 1953.
Le Général De Gaulle a créé un lieu de mémoire au Mont Valérien pour essayer d’imposer la mémoire d’une France résistancialiste. C’est ce qu’Henry Rousso appelle le « mythe résistancialiste ». Le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon s’inscrit dans la même logique.
Robert Aron évoque quant à lui la thèse du « Glaive et du bouclier » qui vise à réhabiliter la mémoire du Maréchal Pétain.
Certaines mémoires sont négligées durant cette période, comme celle des victimes juives par exemple. Annette Wieviorka parle d’un « Grand Silence » pour désigner ce phénomène.
A partir de 1970, un nouveau regard est porté sur la période de l’occupation
Henry Rousso désigne cette période comme celle du « Retour du Refoulé ».
Ceci est favorisé par le déclin du gaullisme et du Parti Communiste français.
La France de Vichy de Robert Paxton présente pour la première fois la Résistance comme un phénomène minoritaire et insiste sur la collaboration du Régime de Vichy avec l’occupant nazi.
Ce nouveau regard sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale favorise l’organisation de procès des collaborationnistes tels que Maurice Papon, responsable de la déportation des juifs de Gironde et condamné en 1997 pour complicité de crimes contre l’humanité.
A partir des années 1970, la mémoire de la déportation des juifs s’impose comme centrale, à la suite notamment du procès d’Eichmann en 1961.
Le négationnisme est un courant de pensée qui nie la réalité du génocide pratique par l’Allemagne nazie contre les juifs.
La France a adopté la loi Gayssot au début des années 1990 pour lutter contre le négationnisme.
En 1995, le président de la République Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs de France.
Depuis les années 2000, on assiste à un apaisement des mémoires de la Seconde Guerre mondiale.
L’historien Jean-Pierre Azéma rappelle par exemple que les Français n’étaient ni des héros, ni des salauds.
Certains ont même entretenu une forme d’ambiguité. On parle alors de Vichysto-résistants, comme par exemple François Mitterrand.
Les Justes sont les personnes qui ont contribué à sauver des juifs de la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale.
Sur 25 000 Justes dans le monde, 3700 sont français.
Pour aller plus loin
Si vous voulez encore d’autres ressources pour réviser ce chapitre, consulter le Pearltrees du cours qui rassemble des dizaines de références pour vous aider à réviser ou approfondir certains points :
Dans sa thèse soutenue en 1991, l’historienne Annette Wieviorka considère que la mémoire du génocide des juifs s’est mise en place selon quatre phases principales :
La phase de retour et du choc de la découverte des camps (de 1945 à 1948) ;
La phase d’occulation du génocide (de 1948 à la fin des années 1950) ;
La phase de réveil des mémoires (de la fin des années 1950 à la fin des années 1970) ;
La phase de l’omniprésence des mémoires du génocide dans l’espace public (à partir des années 1970).
Dans les années 1940, le génocide serait d’abord pensé par les intellectuels, notamment catholiques et protestants ;
Dans les années 1950, des romans et films diffusent cette mémoire dans la société française ;
Dans les années 1960 et 1970, un processus de reconnaissance commence à se mettre en place en parallèle des travaux autour de l’histoire de Vichy (Paxton, 1973).
Il serait réducteur de vouloir opposer ces deux travaux qui n’adoptent pas forcément les mêmes problématiques et n’insistent pas non plus sur les mêmes sources. Ils ont par ailleurs le mérite d’insister tous les deux sur une période de relatif silence autour d’un événement pourtant tragique et aux conséquences gigantesques (environ 6 millions de morts).
Plusieurs motifs peuvent expliquer ce silence :
Un contexte socio-culturel peu favorable au recueil de la parole des juifs après une période d’antisémitisme décomplexé durant la période de Vichy ;
Une volonté d’oublier et de passer à autre chose pour reconstruire le pays et se reconstruire individuellement ;
La crainte d’être confronté à une forme de concurrence victimaire entre les récits des déportés et les témoignages des Français sous l’occupation qui ont aussi eu à supporter les privations, le rationnement, la peur de l’occupant et des bombardement, etc.
Et enfin, un sentiment de culpabilité ressenti par la plupart des survivants d’une tragédie et qui confine parfois au silence.
C’est ce dernier point qui est approfondi dans l’article de Thaddeus Metz ci-dessous, initialement publié sur le site The Conversation. Par une approche philosophique, on apprend notamment que ce « syndrome de culpabilité » est en partie culturel et qu’il n’est pas forcément associé à des valeurs négatives.
Cette lecture devrait donc vous permettre d’approfondir à la fois votre programme d’histoire, mais aussi de philosophie, tout en vous fournissant des idées d’éventuelles accroches de composition…
Ce qu’enseigne la philosophie africaine sur le syndrome de culpabilité
‘Peu importe ce qui arrive dans la vie, la famille devrait toujours être priorité.’: Philosophie Ubuntu. Nathaniel Tetteh/Unsplash
Après avoir réchappé à une tragédie, comme un tsunami, certaines personnes disent ressentir de la culpabilité à l’idée d’avoir survécu tandis que des innocents ont péri à côté d’elles. De la même façon, des spécialistes sud-africains m’ont confié se sentir coupables d’avoir quitté leurs villages et « réussi » dans la société post-apartheid du pays, alors que leurs ex-voisins vivent toujours dans la pauvreté.
Est-il justifié de ressentir de la culpabilité dans de telles circonstances ?
Selon moi, alors que la morale occidentale, très répandue, sous-entend que la culpabilité du survivant est irrationnelle, la tradition philosophique africaine nous donne les clés pour comprendre en quoi elle peut être positive.
En gros, la culpabilité du survivant correspond à un sentiment injustifié. Plus précisément, c’est le mal-être que ressent une personne dont l’entourage a été tué (ou gravement blessé) alors qu’elle-même ne l’a pas été, ou parce qu’elle n’a pas pu sauver ses proches. Et ce, même si elle n’est absolument pas responsable de leur décès (ou de leurs souffrances).
Beaucoup de survivants de gigantesques tragédies dont ils ne sont pas moralement responsables avouent se sentir coupables. Prenons l’exemple des Juifs qui ont réchappé à la Shoah, ou celui des soldats qui sont sortis vivants d’une guerre. On a également observé ce syndrome chez des Japonais qui avaient survécu à un tsunami, comme le raconte le réalisateur Tatsuya Mori.
Le jour du tremblement de terre, j’étais en train de boire une bière avec des amis à Ropponai. Des milliers de personnes ont perdu la vie pendant que je buvais une bière. Je n’avais aucune idée de ce qui était en train de se passer mais, quand j’ai su, j’ai eu honte. Je me suis senti coupable.
Était-ce justifié ?
La culpabilité du survivant est-elle irrationnelle ?
Si l’on en croit l’approche généralement véhiculée par la morale occidentale, cette culpabilité est irrationnelle.
L’utilitarisme, l’un des deux principaux courants de cette morale, soutient en effet que chacun de nos actes doit être motivé par l’amélioration de notre société. La seule raison morale de se sentir coupable dépend de l’utilité de ce sentiment. C’est donc tout naturellement qu’un utilitariste dira :
Rien ne sert de se sentir coupable simplement parce qu’on a survécu. Mieux vaut passer à autre chose.
Selon le kantisme, l’autre doctrine morale en vigueur en Occident, nous devons traiter les autres avec respect, en vertu de leur capacité à prendre des décisions rationnelles. Si l’on abuse de cette capacité, en mettant par exemple les autres en danger de façon inconsidérée, il est alors légitime de se sentir coupable, ou d’être condamné pour ce comportement. Cela revient à se considérer soi-même – et à considérer l’autre – comme un agent responsable de ses actions.
Cependant, en ce qui concerne la culpabilité du survivant, la plupart des kantiens diront :
« Tu n’as rien fait de mal. Tu n’as donc aucune raison de te sentir coupable ».
À strictement parler, la culpabilité du survivant n’est pas rationnelle, dans la mesure où une personne ne laisse pas délibérément l’autre affronter le danger à sa place pour survivre à la Shoah ou à une guerre.
L’expression de l’Ubuntu
La culpabilité du survivant acquière une dimension différente et révélatrice quand on l’analyse à l’aune d’Ubuntu, une philosophie sud-africaine qui prend ses racines dans les valeurs des peuples de cette région. Elle est souvent résumée ainsi :
« Ce sont les autres qui font de nous ce que nous sommes ».
Au cœur de cette maxime, il y a l’idée que pour devenir une véritable personne, ou pour vivre d’une façon véritablement humaine, il faut cultiver les relations avec l’autre, en se préoccupant de son confort et en partageant son style de vie. L’intellectuel sud-africain G.M. Nkondonote que les adeptes de la philosophie Ubuntu ont tendance à :
« exprimer leur engagement vis-à-vis du bien-être de la communauté au sein de laquelle leurs identités se sont formées, ainsi qu’un besoin de vivre leur vie en la liant à celle de leur communauté ».
Obama reprend le concept d’Ubuntu dans un discours en Afrique du Sud, lors d’un hommage à Nelson Mandela, 2013.
Nous nous construisons donc à mesure que nous sympathisons avec autrui, que nous l’aidons à améliorer sa condition, que nous identifions à lui, et que nous établissons une relation d’interdépendance. Selon de nombreuses interprétations de l’Ubuntu, et bien que chacun en soit digne, ceux avec qui nous avons déjà partagé toutes ces expériences ont droit à davantage d’attention et de dévouement, d’où les maximes corollaires : « La famille d’abord » et « Charité bien ordonnée commence par soi-même ».
Selon cette interprétation, nous devenons plus humains en ressentant la culpabilité du survivant, à condition qu’il s’agisse d’une manifestation de loyauté ou de solidarité. Cette culpabilité apparaît généralement quand périssent ou souffrent des personnes auxquelles nous nous identifions, ou avec lesquelles nous vivons. Normalement, elle ne s’exprime pas quand des étrangers périssent (ou souffrent) à l’autre bout de la planète. Elle peut être considérée comme le signe de moralité, et comme l’expression sensible de l’attachement et de l’implication que l’on ressent vis-à-vis de sa communauté.
Comme je l’ai formulé dans une contribution à la future Encyclopédie internationale de la morale, la culpabilité du survivant est un moyen de ressentir des sentiments négatifs en diapason avec les malheurs rencontrés par ceux dont nous partageons l’identité. C’est aussi une manière d’estimer qu’on n’a pas tout fait pour les sauver, même si on n’a manqué à aucun devoir et, donc, pas mal agi. Enfin, pour reprendre les termes d’un autre érudit, c’est une façon de comprendre pourquoi, alors que l’on y a échappé :l’angoisse de la culpabilité et la douleur brute qu’elle engendre permettent de partager un peu de ce destin tragique.
La culpabilité du survivant peut être démesurée, mais ceci est vrai de n’importe quelle émotion négative. Prenez l’exemple d’une personne qui n’est vraiment pas disposée à ressentir cette culpabilité. Peut-on dire d’elle qu’elle ne se sentait pas liée à ceux qui ont péri, ou qu’ils ne comptaient pas à ses yeux ? L’Ubuntu nous aide à comprendre non seulement pourquoi la culpabilité du survivant est propre à la condition humaine, mais aussi pourquoi elle doit l’être.
Traduit de l’anglais par Elisabeth Mol et Bamiyan Shiff pour Fast for Word.
Comme d’habitude, la philosophie ouvre le bal en Terminale le lundi 17 juin 2019 pour toutes les séries. Elle sera suivie par l’histoire-géographie dès le lendemain, mardi 18 juin 2019.
Comme l’année dernière, le ministère de l’Education nationale a choisi de regrouper les principales épreuves écrites durant une semaine :
Roland Garros aura lieu du 20 mai au 9 juin 2019 ;
La fête de la Musique demeure le 21 juin et devrait permettre aux TES de fêter la fin des épreuves… en pensant à leurs camarades de TL et TS qui devront revenir passer des épreuvres le lundi suivant.
Bref, il va falloir encore lutter pour rester concentré…
Hello les twittos !! Dans le cadre d'un projet en #EMC, Justine, Nathan et Emerick ont suivi l’actualité de la semaine. Ils vous proposent un #FlashTweetEdu inspiré du @FlashTweet de la journaliste @EmmanuelleL9 Rendez-vous lundi 26 novembre 2018 à 19h ⏱️⏳🗓️ pic.twitter.com/HcKRdquS5L