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Cet article d’Olivier LOUBES, professeur en classes préparatoires au lycée Saint-Sernin de Toulouse, a été publié dans le magazine L’Histoire, n° 440, octobre 2017.

Révolutionnant l’étude de l’opinion, Pierre Laborie renverse les idées reçues sur les comportements des Français pendant la Seconde Guerre mondiale.

LA THÈSE

Issu d’une thèse d’État, L’Opinion française sous Vichy paraît en 1990 au Seuil et vient bouleverser à la fois les idées reçues de la vieille garde historienne portée par Henri Michel et celles du nouvel ordre historiographique représenté par Robert Paxton. Tout en reconnaissant leurs apports à l’histoire politique de Vichy, Pierre Laborie s’attaque à cette notion d’« opinion », jamais vraiment définie par l’histoire savante. Avec pour conséquence le succès populaire de la formule d’Henri Amouroux rassemblant les Français des années d’Occupation sous un titre qui fit florès : « Quarante millions de pétainistes ».

S’appuyant sur plus d’une décennie d’exploration des sources propres à l’étude des représentations, en particulier le contrôle postal et les rapports aux préfets, l’ouvrage balaie définitivement le cliché des Français versatiles, pétainistes de l’an 40 devenus gaullistes de la dernière heure. A la place, Pierre Laborie met en évidence les ambivalences de l’attentisme, « un produit de Vichy », et révise la chronologie : il y eut un refus « quasi immédiat » de la collaboration, puis, dès 1941, un « échec précoce dans l’adhésion au régime », ainsi qu’une « hostilité permanente et grandissante à l’égard de l’occupant… bien avant que le sort de la guerre ne soit fixé ».

De façon tout aussi novatrice, Pierre Laborie démonte la « mécanique fatale » qui conduirait de la crise d’identité nationale des années 1930 à l’adhésion à Vichy. En passant de l’étude de « l’opinion » à celle de « l’imaginaire social », il opère un « saut qualitatif porteur de bouleversements conceptuels à venir » (Laurent Douzou). Si on ajoute sa conviction, exprimée dès la première phrase du livre, que « l’histoire ne s’écrit jamais de manière innocente », on comprend encore mieux la révolution que fut la publication de son livre.

CE QU’IL EN RESTE

« Un livre pionnier et un livre de référence » : l’appréciation de Claude Lévy dans la revue Vingtième Siècle en 1991 tient toujours. Dans les ouvrages récents sur l’Occupation, le recours à L’Opinion française sous Vichy reste une évidence, comme le soulignent, après Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka ou Marc-Olivier Baruch, les pages de Robert Frank dans 1937-1947. La guerre-monde (Gallimard, 2015). Au-delà de la reconnaissance de ses apports historiques, c’est aussi le langage de l’historien – lexique et syntaxe – qui est repris pour signifier le rapport entre les Français et Vichy. Lorsque l’on parle en historien de l’opinion sous Vichy, on parle la langue de Laborie : comment mieux dire qu’il s’agit d’un classique ?

Qu’avez-vous révisé ?

  • Les mémoires, lecture historique (Terminale – Histoire)
  • Quelques historiens dont les travaux sur l’histoire et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale sont à connaître : Pierre Laborie, mais aussi Henri Michel, Robert Paxton, Henri Amouroux, Jean-Pierre Azéma, Olivier Wieviorka et Marc-Olivier Baruch