Sur les cartes, dans les manuels, aux infos ou dans les débats politiques, les frontières semblent aller de soi. Elles apparaissent comme des lignes évidentes, naturelles, presque immuables.
Et pourtant, le documentaire d’ARTE pose une question essentielle pour comprendre le monde contemporain : les frontières ont-elles toujours existé ? Et servent-elles aujourd’hui les mêmes fonctions qu’hier ?

En croisant histoire, géographie, anthropologie et science politique, cette vidéo permet d’interroger un objet central du programme de Première HGGSP : Etudier les divisions politiques du monde : les frontières.

1. Les frontières sont-elles « naturelles » ?

Ce que l’on croit souvent

Montagnes, fleuves, mers, déserts… On parle volontiers de frontières naturelles.

Ce que montre le documentaire

Il n’existe pas de frontière naturelle.
Une montagne, un fleuve ou un désert ne devient frontière que parce que des sociétés humaines décident d’y fixer une limite politique.

La frontière est donc avant tout une construction humaine, culturelle et politique.

2. Le besoin de frontières : inscrit dans la nature humaine ?

Le documentaire commence par une comparaison surprenante : les chimpanzés et les bonobos.

  • Les chimpanzés défendent violemment leur territoire.
  • Les bonobos, dans un environnement riche en ressources, partagent l’espace.

L’idée clé

La frontière apparaît surtout quand une ressource devient rare ou précieuse.

Chez les humains préhistoriques :

  • Tant que les groupes sont nomades chasseurs-cueilleurs, les frontières sont floues.
  • Quand apparaît l’agriculture (révolution néolithique, vers -10 000), il faut délimiter, protéger, défendre.

3. De la richesse à la frontière : naissance du pouvoir politique

Avec la sédentarisation :

  • On produit plus que nécessaire.
  • Des spécialisations apparaissent.
  • Des hiérarchies se construisent.
  • Les conflits ne naissent plus seulement de la pénurie, mais aussi de la cupidité.

Un exemple ancien

La stèle des Vautours (Mésopotamie, -2500 environ)
Elle évoque un conflit entre deux cités pour l’accès à l’eau et aux terres fertiles.

La frontière n’est pas encore matérialisée sur le terrain, mais elle existe déjà juridiquement et symboliquement.

4. Le limes romain : une frontière… perméable

Contrairement à une idée reçue, le limes romain n’est pas un mur infranchissable.

  • Il marque la puissance de Rome.
  • Il sert de système d’alerte.
  • Il permet les échanges commerciaux.
  • Il diffuse la culture romaine.

Le limes fonctionne comme une membrane, pas comme un mur étanche.

5. Le Moyen Âge : un monde sans frontières claires

Le traité de Verdun (843) partage l’Empire carolingien, mais :

  • Les frontières ne sont pas matérialisées.
  • Les pouvoirs se chevauchent.
  • Les fidélités sont personnelles (féodalité).

On parle davantage de zones-frontières (marches) que de lignes précises.

Cela montre que la frontière linéaire et continue est une invention tardive.

6. 1648 : la révolution de Westphalie

Le traité de Westphalie marque une rupture majeure :

  • Chaque État est souverain sur un territoire délimité.
  • Les frontières deviennent claires, exclusives et reconnues.

C’est la naissance du système international moderne, encore en vigueur aujourd’hui.

7. États-nations et frontières identitaires

Avec la Révolution française et le XIXᵉ siècle :

  • Le peuple devient souverain.
  • La nation se construit.
  • Les frontières servent aussi à fabriquer une identité nationale.

Langue, école, service militaire, nationalité : la frontière encadre, protège, mais aussi contrôle.

8. Colonisation : quand l’Europe impose ses frontières au monde

Entre 1880 et 1920 :

  • Environ 60 % des frontières actuelles sont tracées.
  • Souvent à la règle, sur des cartes.
  • Sans toujours tenir compte des peuples, langues ou cultures.

Résultat : des États artificiels, souvent instables, encore marqués par des conflits. Les frontières héritées de la colonisation sont un facteur majeur de tensions actuelles.

9. Frontières et biopolitique : trier les êtres humains

À partir de la fin du XIXᵉ siècle :

  • Les États considèrent la population comme une ressource.
  • Les frontières deviennent des machines de sélection.

Exemple :

  • Ellis Island
  • Contrôles médicaux
  • Passeports obligatoires après 1914

10. Aujourd’hui : protection, inégalités et paradoxes

Depuis la fin de la guerre froide :

  • Les frontières idéologiques reculent.
  • Les frontières sécuritaires explosent.

Elles servent surtout à séparer :

  • des régions riches
  • et des régions pauvres.

Mais le paradoxe est fort :

  • Les flux économiques sont mondialisés.
  • Les flux humains sont de plus en plus contrôlés.

11. Schengen : une autre manière de penser la frontière ?

L’espace Schengen montre qu’il est possible de :

  • Supprimer les frontières physiques
  • Sans supprimer les États

La frontière peut devenir :

  • un espace partagé
  • une zone de coopération
  • une construction réversible