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Jean BROC, L’école d’Apelle, 1800 (RMN – Grand Palais)

Mais pourquoi donc continuer à enseigner et apprendre l’histoire (et la géographie) en lycée au XXIe siècle ? Et d’ailleurs, pourquoi continuer à animer une année encore ce blog à destination des élèves et professeurs de lycée ?

A la veille d’une grande réforme du lycée, une esquisse de réponse a été récemment proposée par Mme Souâd AYADA. Selon la présidente du Conseil supérieur des programmes, la langue française et l’histoire, de la France notamment, doivent occuper une place essentielle dans les prochains programmes à paraître, « non parce qu’elles servent seulement à promouvoir, dans une société en crise, le sentiment d’appartenir à la nation, mais parce que la maîtrise de la langue est la condition d’accès à tous les domaines de la culture, parce que la connaissance de l’histoire éclaire le présent et éclaircit l’avenir ». 

Dans un article en réponse à cette tribune, l’historien et didacticien de l’histoire Charles HEIMBERG explique pourquoi il considère qu’une telle considération est réductrice.

D’une part, il considère avec Laurence De Cock et le Collectif Aggiornamento que cela risque de réduire l’enseignement de l’histoire à une forme de roman national, c’est-à-dire un récit fortement teinté de patriotisme visant à célébrer et unifier la nation française (cf. notion étudiée dans le cadre du chapitre sur « les mémoires de la Seconde Guerre mondiale« ).

D’autre part, il explique que cette affirmation contribue à créer une opposition problématique entre les sciences expérimentales (physique-Chimie, mathématiques, etc.) et les sciences humaines & sociales (philosophie, sciences économiques, histoire, etc.). Il y aurait en effet d’un côté les sciences expérimentales contribuant à « l’exercice de la rationalité » et permettant aux élèves « de faire l’épreuvre personnelle d’un régime de vérité qui les libère de leurs préjugés » ; De l’autre, les sciences humaines & sociales placées sous le sceau de la suspicion puisque la mise en oeuvre de leur enseignement permettrait d’instrumentaliser l’esprit des élèves en faisant émerger un sentiment d’appartenance identitaire.

Charles HEIMBERG mobilise l’historien Marc BLOCH (dont vous entendrez encore souvent parler cette année en classe) pour expliquer à quel point de telles considérations sont datées. L’auteur de L’Etrange Défaite (1940) appelle en effet le professeur d’histoire à enseigner « toutes fenêtres désormais ouvertes » et rappelle que « le passé a beau ne pas commander le présent tout entier. Sans lui, le présent demeure inintelligible. Pis encore peut-être : se privant, délibérément, d’un champ de vision et de comparaison assez large, notre pédagogie historique ne réussit plus à donner, aux esprits qu’elle prétend former, le sens du différent ni celui du changement ».

C’est donc, cette année encore, dans cet objectif que nous allons travailler ensemble ! Non pas seulement pour raconter une histoire de France mais bien pour faire ensemble de l’histoire visant à former des esprits critiques, combattre les préjugés et vous permettre de forger votre opinion personnelle sur le monde qui nous entoure. Comme dans l’atelier d’Apelle représenté par Jean Broc, le récit ne sera peut être pas toujours linéraire, mais il laissera toujours une place aux parcours atypiques et aux voix subalternes.

Bonne rentrée 2018-2019 à toutes et à tous !


Pour aller plus loin

  • Charles HEIMBERG, « Non, l’histoire ne doit pas être écartée de l’esprit critique propre aux sciences », Mediapart, 1er septembre 2018.
  • Saskia HANSELAAR, « Jean Broc, L’Ecole d’Apelle », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 04 Septembre 2018.