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Introduction

Femmes et hommes sont-ils réellement égaux en France aujourd’hui ?”. Il suffit a priori d’effectuer une rapide recherche sur Internet pour se convaincre du contraire.

Selon l’Observatoire des Inégalités, femmes et hommes n’occupent toujours pas les mêmes places dans la société française en 2018. Ainsi, si les filles sont majoritaires dans l’enseignement supérieur, elles demeurent sous-représentées dans les formations scientifiques et technologiques. Cette non-mixité s’observe dès la classe de Seconde puisque seulement 46% des élèves qui suivent des options scientifiques ou technologiques sont des filles alors qu’elles sont surreprésentées (69%) dans les enseignements d’exploration au profil littéraire.

Or, ces choix d’orientation ne sont pas sans conséquence dans la perpétuation des inégalités dans la sphère professionnelle et familiales. Si les femmes sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes, leurs salaires sont nettement inférieurs. En moyenne, pour l’ensemble des actifs occupés, les revenus du travail des hommes sont en effet supérieurs de 34,3% à ceux des femmes. Cet écart s’explique non seulement par l’effet du temps partiel (choisi ou subi), mais aussi par la spécialité du diplôme obtenu par les femmes qui s’orientent plus souvent vers des filières qui conduisent à des secteurs où les rémunérations sont moindres. Par exemple, au niveau bac +3 et plus, 62,2% des hommes occupent un emploi de cadre supérieur contre seulement 35,9% des femmes alors qu’elles sont 27,1% à obtenir un tel diplôme contre 21,6% pour les hommes.

Notre objectif n’est cependant pas de réaliser un énième rapport sur l’inégalité entre les femmes et les hommes.

D’une part, parce que la situation s’améliore. Dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes publié en 1755 en réponse à un sujet de l’Académie de Dijon, le philosophe Jean-Jacques ROUSSEAU n’oubliait certes pas les femmes, mais il les confinait à la sphère familiale et à un rôle subalterne : “Aimables et vertueuses citoyennes, le sort de votre sexe sera toujours de gouverner le nôtre. Heureux quand votre chaste pouvoir, exercé seulement dans l’union conjugale, ne se fait sentir que pour la gloire de l’état et le bonheur public ! […] Quel homme barbare pourrait résister à la voix de l’honneur et de la raison dans la bouche d’une tendre épouse? et qui ne mépriserait un vain luxe, en voyant votre simple et modeste parure, qui, par l’éclat qu’elle tient de vous, semble être la plus favorable à la beauté ?”. Aujourd’hui, de tels discours nous apparaissent anachroniques et témoignent d’une lente évolution vers davantage d’égalité.

D’autre part, car les rapport et les discours, et même les lois, ne nous semblent guère utiles pour faire changer les mentalités et reculer les inégalités. Il suffit pour s’en convaincre de mettre en perspective l’arsenal législatif déployé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale au regard des effets encore limités dans le domaine des inégalités professionnelles et salariales : la notion de “salaire féminin” a été supprimée dès 1946, une loi sur l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes a été adoptée en 1972 et l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes a été à nouveau inscrite dans la loi en 1983… Et pourtant, les femmes gagnent toujours 34,3% de moins que les hommes.

Face à ce constat, les 34 élèves de la classe olympique du lycée Anna Judic de Semur-en-Auxois ont décidé de s’engager par la réalisation d’une vidéo qui n’a pas vocation à condamner, ni à culpabiliser, mais à faire réfléchir et à inviter à agir.

La démarche

Ce projet s’inscrit dans le cadre de l’enseignement morale et civique (EMC) qui vise non seulement à acquérir un socle de valeurs communes (dignité, tolérance, laïcité, solidarité, égalité entre les femmes et les hommes, etc.), mais aussi à développer le sens moral et l’esprit critique afin de sensibiliser à la responsabilité individuelle et collective et préparer à l’exercice de la citoyenneté.  Plus précisément, cette production constitue la tâche finale du chapitre sur “Les principes et formes de solidarités” dans le thème “Egalité et discriminations”.

Après avoir échangé autour de la notion de solidarité en classe, nous avons été invités à réfléchir à notre responsabilité individuelle dans l’exercice d’une citoyenneté engagée et solidaire. C’est à ce moment que nous avons reçu par l’intermédiaire de notre Proviseure, Mme BIENKOWSKI-JAILLANT, la proposition de l’association nationale des membres de l’Ordre national du Mérite concernant le prix de l’Éducation citoyenne et que nous avons décidé de candidater.

La réalisation de ce projet s’est déroulée en 5 phases principales :

  1. Dans un premier temps, nous avons organisé plusieurs sessions de travail visant à fixer les contours de notre projet. Nous avons notamment regardé plusieurs vidéos sur le thème des solidarités, de la lutte contre les inégalités et les discriminations (cf. bibliographie / sitographie). L’une d’entre elles a particulièrement retenu notre attention (All What We Share, réalisée par TV2 Danmark en 2017) et nous avons décidé de nous en inspirer afin de l’adapter à notre projet.
  2. Puis, nous avons collectivement travaillé à l’écriture du scénario. Cette étape a été de loin la plus importante car il nous a fallu identifier les stéréotypes que nous voulions dénoncer. Or, l’identification de ces stéréotypes a suscité de nombreux débats parmi nous : les hommes sont-ils vraiment plus violents que les femmes ? Les jouets que nous avions lorsque nous étions enfants nous ont-ils conditionné en tant que femme ou homme ? etc. Au-delà des échanges, il nous a parfois fallu faire un effort pour déconnecter notre réflexion collective de nos expériences personnelles très diversifiées. De plus, nous avons accordé une importance particulière au choix des mots utilisés dans la vidéo. Ces derniers devaient être simples et compréhensibles par tous, mais aussi suffisamment explicites pour amener chacun à réfléchir sur ses propres représentations des inégalités entre les femmes et les hommes.
  3. C’est notamment lors de cette étape que nous avons attribué les rôles à chaque élève de la classe, en essayant de ne pas trop s’attacher à d’éventuelles représentations stéréotypées que nous pouvions avoir au sein même de notre classe.
  4. Ensuite, nous avons procédé au tournage grâce au matériel de Lisa MANCION et Lise MATHÉ et l’aide technique de nos professeurs, M. BERTRAND et Mme FROGNEUX-DUJOUX. Les prises de son ont été réalisées ultérieurement en classe, notamment avec la contribution essentielle de Pablo VULQUAIN qui joue le rôle du présentateur.
  5. Enfin, Violette NARGEOT s’est chargée du montage final de la vidéo tandis que Lise MATHÉ et Héléna PARIS rédigeaient la synthèse de notre projet avec l’accompagnement de M. BERTRAND.

Chaque élève de la classe a donc contribué à cette production finale en apportant ses idées, ses suggestions et ses compétences personnelles.

La production

Cette production est inspirée d’une vidéo réalisée par une chaîne de télévision danoise visant à faire réfléchir les téléspectateurs sur ce qui les rassemble et à dépasser les stéréotypes qui les divisent.

Le principe est assez simple : des individus sont invités à se placer dans des boîtes en fonction de leurs apparences et de l’image qu’ils renvoient à la société : les urbains et les ruraux, les immigrés et les autochtones, ceux qui inspirent confiance et ceux qui peuvent susciter une crainte, etc.

Puis un présentateur demande aux différents individus de rejoindre la scène centrale pour marquer leur appartenance à d’autres catégories plus personnelles. Par exemple : “Étiez-vous le clown de votre classe ?”, “Vous sentez-vous seul-e-s ?”, ou bien “Aimez-vous danser ?”.

Cette stratégie permet ainsi de montrer qu’au-delà des stéréotypes, ce ne sont pas les apparences qui définissent la personne, mais ce qu’elle est au plus profond d’elle-même et ce qu’elle ressent.

Notre production reprend ce principe en représentant deux groupes principaux : les femmes et les hommes.

Dans un premier temps, lors de l’installation, nous rappelons la réalité des stéréotypes et des inégalités existantes dans notre société.

Puis, dans un deuxième temps, un présentateur demande aux individus de se définir autrement que par leur sexe. Par exemple, nous demandons aux participants s’ils ont déjà pleuré devant un film, s’ils se sont déjà battus, ou bien s’ils ont déjà été victimes de harcèlement sexuel.

La nature et l’ordre des questions vise non seulement à faire réfléchir sur les stéréotypes les plus courants, mais aussi à alterner des moments amusants avec des passages plus graves, voire solennels. Notre objectif principal consiste en effet à faire réfléchir sans adopter un ton trop moralisateur.

Il nous semblait ainsi important de terminer cette vidéo par un message positif rappelant qu’il y a bien plus d’éléments qui nous rassemblent que de stéréotypes qui nous séparent.

Conclusion

Pour conclure, la réalisation de cette vidéo nous a fait prendre conscience que nous pouvons agir contre les stéréotypes et les idéologies qui nous éloignent les uns des autres.

Lors de l’écriture du scénario, nous avons pu constater que nous participions nous-mêmes parfois inconsciemment à véhiculer certains stéréotypes qui nourrissent les inégalités entre les femmes et les hommes. Nous sommes désormais davantage attentifs aux paroles et aux actes qui peuvent entretenir ces inégalités.

Puisque les stéréotypes apparaissent dès le plus jeune âge (par exemple avec l’association des  couleurs au sexe des enfants), il nous semblait important de pouvoir contribuer, en tant que lycéens et citoyens, à cette réflexion indispensable pour la construction d’une société plus juste et moins inégalitaire.

“On ne naît pas femme, on le devient”

Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, 1949

“On ne naît pas homme, on le devient”

Erasme, De l’Éducation des Enfants, 1519

Lise MATHÉ, élève de Seconde

Héléna PARIS, élève de Seconde

Mickaël BERTRAND, professeur chargé de l’enseignement moral et civique